L’impact de la pollution sur les enfants enfin démontrée.

On pouvait le redouter mais on en n’avait pas la certitude «fondée sur les preuves». Tel n’est plus le cas. Il faut désormais compter avec la démonstration faite que les enfants en bas âge qui habitent à proximité de routes à fort trafic ont un risque accru de développer un asthme ou des infections de la sphère ORL ; démonstration faite, aussi, que ces enfants sont plus sensibles aux allergènes alimentaires. Telle est, schématiquement, la conclusion d’une vaste étude publiée dans le dernier numéro du Journal européen de pneumologie (ERJ).1 Ce travail original a été mené auprès de plus de 4000 petits Hollandais depuis leur naissance jusqu’à l’âge de quatre ans. Elle se fonde sur l’évaluation de leur niveau d’exposition aux polluants de l’air et ce en fonction de leur lieu d’habitation.
En forte augmentation dans tous les pays industrialisés ces trente dernières années, l’asthme est la maladie chronique la plus fréquente chez l’enfant, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Si les causes de cette épidémie ne sont pas encore parfaitement élucidées, divers facteurs liés à l’environnement sont de plus en plus pointés du doigt. Et notamment la pollution de l’air due au trafic routier, à laquelle a choisi de s’attacher l’équipe internationale qui publie ses conclusions dans le prochain numéro de l’ERJ.
«De nombreuses études ont certes démontré que les polluants de l’air pouvaient exacerber un asthme préexistant, mais il est moins évident que ces polluants puissent véritablement provoquer un asthme ou des maladies allergiques chez les jeunes enfants» observe le premier auteur de cette publication, Michael Brauer (Ecole d’hygiène environnementale et professionnelle ; Université de Colombie Britannique, Vancouver, Canada). Travaillant en collaboration avec ses collègues néerlandais des universités d’Utrecht, de Rotterdam et de Groningen, ainsi qu’avec ceux de l’Institut national de la santé publique et de l’environnement, M. Brauer a conduit ses travaux sur une importante cohorte prospective de jeunes enfants néerlandais et ce en utilisant en outre une méthodologie très originale.
Dénommée PIAMA (Prevention and incidence of asthma and mite allergy), cette cohorte prospective a inclus 4146 enfants recrutés dès avant leur naissance, au deuxième trimestre de la grossesse de leur mère, et habitant diverses communes des Pays-Bas. Outre les données classiques émanant soit des questionnaires de santé remplis par les parents, soit de prélèvements sanguins, les chercheurs ont évalué le niveau d’exposition aux polluants automobiles de chaque participant, en fonction de son lieu de résidence.
Les auteurs de ce travail ont procédé à des mesures de trois variables sur quarante sites : le dioxyde d’azote, les particules fines (PM 2,5) et les suies, témoins de la pollution diesel.
Puis, grâce à un modèle mathématique utilisant un système d’information géographique (SIG), l’équipe a pu estimer le niveau d’exposition aux polluants subi par chaque enfant à son domicile. En cas de déménagements, c’est l’adresse au moment de la naissance qui a été prise en compte, afin d’obtenir le niveau d’exposition du tout début de la vie.
Aujourd’hui, avec un recul de quatre ans, Michael Brauer constate une proportion accrue d’asthme, de sifflements bronchiques (wheeze), d’infections ORL, de rhumes et de grippes chez les enfants vivant à proximité de routes à fort trafic. Le risque relatif de ces manifestations pathologiques est multiplié par 1,2 à 1,3 ; ces résultats confirment ceux obtenus par la même équipe alors que ces enfants n’étaient âgés que de deux ans. Il apparaît d’autre part, chez les enfants les plus exposés à cette pollution et pour lesquels ont pu être effectués des dosages sanguins d’IgE, une hypersensibilité à des allergènes alimentaires. «Les conséquences de cette hypersensibilité (qui, à cet âge, n’est pas forcément synonyme d’allergie) nécessitent toutefois d’autres investigations, concède Brauer» souligne-t-on auprès de l’ERJ. Une nouvelle analyse de cette cohorte est d’ores et déjà en cours, avec cette fois huit ans de recul comme objectif.
«Cette étude met bien en évidence les effets à long terme de la pollution sur les jeunes enfants, et montre l’importance d’une réduction du niveau d’exposition au tout début de la vie et même pendant la grossesse. Elle montre aussi l’urgente nécessité, par-delà la régulation des émissions au niveau des pots d’échappement, de séparer les grands axes des lieux d’habitation et de travail» souligne Michael Brauer.
Cette étude va faire date, estime Michael Jerrett, professeur associé de santé publique à Berkeley (Université de Californie) qui signe un éditorial dans le même numéro de l’ERJ. «Ces résultats augmentent notre certitude que la pollution de l’air contribue au développement de maladies respiratoires chez l’enfant» estime-t-il. Ce spécialiste américain souligne la puissance de ce travail, et salue sa méthodologie originale, à savoir le suivi longitudinal d’une cohorte et une modélisation étendue de ses expositions aux polluants. En relevant l’un des principaux enseignements du travail de Brauer et de ses collègues (le fait que la pollution est délétère dès la vie intra-utérine), il rappelle que ses effets continuent après la petite enfance, et qu’elle affecte le développement des poumons jusqu’à l’adolescence. «Cette étude comble un certain nombre de faiblesses de la littérature scientifique disponible aujourd’hui sur ce sujet» conclut-il.
Ainsi donc voilà, tout simplement expliqué, en quoi certaines des avancées thérapeutiques collectives qui restent à faire sont bien au-delà de la seule compétence du corps médical ; en quoi aussi elles sont d’essence éminemment politique.

Bibliographie 1 Brauer M, Hoek G, Smit HA, et al. Air pollution and development of asthma, allergy and infections in a birth cohort. Eur Respir J 2007;9. 02.05.2007 3109

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